Du Fauvisme aux Gouaches Découpées : L’itinéraire Exploratoire d’Henri Matisse
Au fond, la philosophie est inexorablement liée à l’art. Elles sont toutes les deux des activités de l’homme qui visent à construire un nouvel espace dans son esprit. Espace ouvert et expansif dans lequel l’imagination de l’homme s’éloigne de l’existant pour créer. Dans l’histoire de l’art, on reconnaît des hommes illustrant cette qualité expansive de l’art.
Henri Matisse, peintre du XX siècle, innovateur et révolutionnaire par ses explorations de la couleur et la ligne, est un exemple de cette liberté de l’esprit humain. On reconnaît chez Matisse une préoccupation avec l’espace vide dans lequel il faut reconstituer une harmonie. Or pour le peintre, la ligne et la couleur ne sont pas en opposition, comme c’est le cas chez d’autres artistes, mais forment deux parties nécessaires d’une composition représentant un accord harmonieux. Le passage du peintre par le fauvisme – mouvement duquel il se fait le chef – le conduira ultérieurement à une phase exploratoire de l’image comme lieu de libération. Car le fauvisme ouvre la voie pour d’autres explorations esthétiques qui vont connaître des expressions très variées, mais qui cherchent à concilier les tensions par « le faire » de l’artiste. Ainsi, la sensation produite par les rapports entre les couleurs dans le fauvisme, la fusion de la couleur et la ligne dans les gouaches découpées, et finalement l’œuvre architecturale dans la chapelle du rosaire à Vence, illustrent le désir de l’artiste de produire un espace d’harmonie qu’interroge l’homme dans sa capacité créatrice. Par l’image, Matisse donne corps à une préoccupation chez l’homme : comment peut-il se représenter lui-même et illustrer son essence ?
Nous concevons que peindre et penser, comme toute démarche de l’homme, est un acte de création : ce que l’art plastique conçoit en images, la philosophie développe sous la forme des concepts.